3e Dimanche de Pâques

Chers paroissiens,

Au fur et à mesure que ce temps de confinement se poursuit, l’isolement et la solitude (qui ne sont pas seulement une question de nombre) peuvent devenir pesants. Les autres manquent ! Les autres nous manquent ! Chacun essaie de redoubler d’ingéniosité pour nourrir ces liens qui peuvent sembler si fragiles. De vrais trésors de générosité, connus et inconnus, se sont mis en place. Et ce dimanche, la liturgie nous donne d’entendre et de méditer l’Evangile des disciples d’Emmaüs en saint Luc 24, 13-35. En prenant le temps de le lire, je voudrais vous inviter à méditer cette semaine sur le mystère de l’Eglise. Nous connaissons peut-être cette formule des premiers siècles remise au goût du jour par le cardinal de Lubac : « L’eucharistie fait l’Eglise et l’Eglise fait l’eucharistie ». Nous avons fêté Pâques il y a quelques jours. Nous savons que la Résurrection est le début du temps de l’Eglise. Mais quel est le sens de l’Eglise en ce temps de confinement alors que cela fait plusieurs semaines que nous ne pouvons pas nous retrouver tous ensemble dans la cathédrale ? Quel est le sens de l’Eglise alors que nous avons parfois le sentiment d’être coupés les uns des autres et que nous avons le sentiment de vivre l’eucharistie « de loin » ?

L’Evangile des disciples d’Emmaüs nous éclaire sur ce mystère de l’Eglise. Bien évidemment, il met en lumière ce moment incontournable de la fraction du pain qui permet à leurs yeux de reconnaître cette présence du Christ au milieu d’eux. Source du dynamisme qui les pousse par la suite à rejoindre le groupe des apôtres alors qu’au départ ces deux disciples vivaient du mouvement inverse. Mais rien de tout cela ne serait arrivé sans ce long compagnonnage du début où ils se laissent rejoindre par la présence du Christ Ressuscité tout en étant incapables de le reconnaître.
Se laisser rejoindre par le Christ sur notre chemin de vie, fut-il celui de la désespérance comme pour les disciples d’Emmaüs, est le commencement de l’Eglise.
Nous sommes privés de pouvoir nous retrouver tous ensemble dans la cathédrale ; c’est une épreuve. Mais nous ne sommes pas privés de l’Eglise si le Christ habite en nous ! Se laisser habiter par le Christ Ressuscité d’une manière toujours plus vraie et profonde fait renaître l’Eglise, aujourd’hui encore, d’une manière toujours nouvelle.
L’Eglise a sa source dans cet appel du Seigneur. Nous savons que rien ne remplace ce moment où nous répondons à l’invitation du Seigneur à nous rassembler pour ne faire qu’un seul corps après avoir communié à un seul Corps. Nous voudrions pouvoir être rassemblés et sentir ainsi battre le cœur de l’Eglise. Nous le désirons ; nous l’attendons avec impatience. Mais laisser la Parole de Dieu se répandre dans les moindres recoins de notre être permet déjà à l’Eglise de se construire. Entrer en dialogue avec cette Parole de Dieu, la questionner et la garder précieusement en notre cœur permettent à l’amour, de grandir, à la foi, de s’édifier : la force de notre attachement au Seigneur gagne en profondeur. Notre docilité à l’Esprit Saint devient plus juste. L’Eglise n’en est que plus belle… dès aujourd’hui !

Avec mes frères, prêtres, je vous redis ma communion dans la prière, l’espérance et la charité fraternelle, sources vivifiantes de l’Eglise,

Père Olivier Plainecassagne, curé