Dimanche des Rameaux et de la Passion (A)

Dimanche des Rameaux

Chers paroissiens,

Nous entrons dans la Semaine Sainte. Cette année, elle sera bien différente des années passées… Des sentiments multiples nous habitent ; chez certains, une inquiétude grandissante ou une nervosité inhabituelle ; chez d’autres, une crainte pour sa santé ou les conséquences économiques de la situation ; chez d’autres encore, une peine d’avoir perdu un être cher ou la joie de l’épreuve traversée sans gravité pour les siens. C’est avec ce qui constitue le terreau notre vie que nous allons suivre le Christ pas à pas dans son mystère pascal. En lisant l’Evangile des Rameaux (Mt 21, 1-11), nous serons bien évidemment saisis par le contraste entre toute une foule qui acclame Jésus entrant à Jérusalem et nous-mêmes confinés à quelques-uns chez nous, ou parfois tout seul. Cependant l’essentiel n’est pas du côté de la foule, mais bien du côté de Jésus ! Il avance sur un âne, nous dit l’évangéliste, cela lui permet d’avancer lentement, de voir ceux qui sont autour de lui, tous différents, chacun avec son histoire unique et singulière. Jésus voit des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des enthousiastes, des curieux, des sceptiques, des critiques ; Il voit cette humanité, toute l’humanité, ce qui en fait sa beauté mais aussi sa laideur et son péché. C’est au cœur de cette humanité, de notre humanité, qu’Il accomplit son œuvre de salut.

Nous entrons dans la semaine Sainte. Nous allons la vivre « chacun chez soi » mais qui n’est pas un « chacun pour soi ». Je vous invite à vivre cette semaine dans un climat de prière, la Bible à la main. C’est ainsi que nous pourrons nous associer pleinement à ce qu’a vécu Jésus intérieurement, à la profondeur et la vérité de son amour pour tous les hommes. Le Jeudi Saint, contemplez le Christ qui se fait le Serviteur de tous et laisse un signe de sa présence et de son amour à travers l’eucharistie. Le Vendredi Saint, portez votre regard sur Jésus crucifié. Ecoutez-le. Puis partagez son silence. Le Samedi Saint, l’Eglise prie avec le sentiment de l’absence de son Seigneur avant que n’éclate dans la Nuit Pascale la splendeur de la Résurrection qui apporte la Lumière pour tous.

Cette Semaine Sainte qui culmine dans le Triduum pascal est le mystère de l’amour de Dieu qui se déploie jusqu’à nous et qui vient renouveler notre manière d’aimer. Comme le dit une image de saint Augustin, notre amour, c’est notre poids, ce qui nous entraîne. Plus l’amour est fort, plus il nous entraîne. Au cours de cette Semaine Sainte, alors que nous regardons la profondeur de l’amour dont Dieu nous aime, regardons aussi vers quoi se portent nos amours, découvrons ce à quoi nous tenons, ce à quoi nous tenons le plus et ce à quoi nous tenons le moins. Et découvrons comment Dieu ouvre pour chacun de nous et pour l’humanité un chemin vers la Vie.

Père Olivier Plainecassagne, curé

Pour vous aider à vivre concrètement la Semaine Sainte: Vous découvrirez en plus de cette lettre hebdomadaire une présentation (réalisée par le Père Stéphane Loiseau) du Triduum pascal et du sens de la « liturgie domestique » à laquelle l’évêque nous invite. De plus, le Père Adrien Comerre présente les différents Offices du Triduum pascal (Onglet Paroisse hors les murs) et une manière de prier, seul ou en famille, en prenant appui sur le livret réalisé par le diocèse.

Bonne Semaine Sainte en communion les uns avec les autres !


Triduum pascal : Ces trois jours qui ne font qu’un.

Alors que le Triduum pascal approche, il est bon de nous rappeler le sens de ces trois jours du Jeudi saint au dimanche de Pâques au matin. Trois jours s’écoulent mais c’est une seule célébration d’un unique mystère.

Trois jours car il y a bien trois actes de Jésus : son dernier repas, sa mort sur la croix et sa résurrection dans la nuit. Trois facettes de l’unique charité de Dieu : charité qui se partage par le repas et le lavement des pieds, charité qui accepte de se perdre en aimant par la mort sur la croix, charité rayonnante qui illumine par ses apparitions de Ressuscité.

Trois célébrations qui n’en sont qu’une comme le marque habituellement notre liturgie : nous entrons en célébration par la salutation le Jeudi saint et nous ne sommes envoyés dans la paix qu’à l’issue de la Vigile pascale. Célébration du Jeudi saint qui ne s’achève pas mais qui nous emmène à Gethsémani puis au pied de la croix et seul l’annonce de la Résurrection dans la Vigile nous rendra capables de repartir en hommes nouveaux.

Ces trois célébrations déploient ce que nous célébrons habituellement en une seule messe : mémoire vive du sacrifice de la croix partagée sous le signe du repas qui nous fait participer à la vie du Ressuscité.

Une fois par an, nous reprenons cette suite de Jésus, pas à pas, alors nous ne le quittons pas du Jeudi saint au soir du Golgotha jusqu’à l’aurore de la Résurrection.

                                       Églises domestiques.

En voyant nos petites communautés réduites aujourd’hui à nos maisonnées, nous pouvons reprendre conscience de trois aspects de ces Églises domestiques.

Ce n’est pas la première fois que l’Église doit vivre ainsi. Les premières communautés chrétiennes ressemblaient à cela : un rassemblement dans la chambre haute ou une maisonnée qui se rassemble. C’était bien la ferveur de la foi qui les faisait vivre. Ferveur de notre foi qui nous fait transformer nos maisons en petites églises.

Ces communautés domestiques ne sont pas sans lien les unes aux autres. Reliées au pasteur local, elles sont l’Église une. Belle reprise de la tradition des lettres des apôtres aux Églises. Aujourd’hui le curé visite chacun à la manière de St Paul – par ses lettres – et cela nourrit notre unité.

Ce mode de vie est une veille pour le Seigneur, une attente d’un temps plus plein où la communion eucharistique manifestera et réalisera à nouveau notre unité. L’assemblée autour de la Parole de Dieu le dimanche en absence de prêtre attend cette plénitude dans la tradition des missions ; attente non pas de voir le prêtre ou de l’entendre, mais bien de partager le même pain ! Veille par ce fidèle partage de la parole de Dieu.

Petites églises disséminées dans chaque lieu de vie, mais églises domestiques unifiées par les liens qui rappellent notre communauté autour de notre pasteur, petites églises en attente de se retrouver pour communier au même Corps de notre Seigneur Ressuscité.

Père Stéphane Loiseau